Au bout du rouleau

une carte blanche de l’ École d’Art de Douai, exposition et workshop, octobre – décembre 2019

Au bout du rouleau évoque l’épuisement. Cette fatigue que l’on éprouve parfois en tant que femme, mère, artiste, être humain … face aux normes, aux injonctions, à la prédation, à l’intolérance, … C’est aussi un clin d’œil sur l’outil et ses usages : écrasement, relais, embellissement (coiffure, gazon), cuisine, protection (Talmud, des papyrus), performance (surf), pilotage (manche avion), céramique et gravure, …

L’exposition invite à partager un regard, un questionnement sur l’identité sociale des femmes

les petites fiertés

Nos vies quotidiennes : quelque soit le statut social auquel accèdent, aujourd’hui, les femmes et leurs filles, il reste nombre de freins et de parois de verre. Au travers des objets du quotidien, avec humour, évoquer les questions, les humeurs … et les petites victoires, en cas de lassitude !

la réputation… à un poil près

Au passé ou au présent, ici et ailleurs, persiste une demande ambivalente faite aux femmes et aux filles, de pudeur. Pour Nadine Weibel (socio-anthropologue des religions) … [cette demande] se décline en régulations comportementales, vestimentaires, alimentaires …

Voiler ou pas, ses cheveux, s’épiler un peu, beaucoup, tout le corps -sexe et anus compris (pornographie)-, cacher tout ou partie de sa chair, … à toutes les époques la réputation des femmes se voit ramener à leurs corps, où poils et cheveux cristallisent bien des enjeux …

Lors des procès de sorcellerie, le corps de la femme suspectée était entièrement rasé afin de trouver trace de la griffe du diable (soupçon de copulation donc marque d’allégeance). En 1919, à Roubaix, des femmes accusées d’avoir « couché » avec l’ennemi furent rasées (chevelure) en public. A leur arrivée à Ravensbrück, avant le tatouage, il semble que les femmes étaient entièrement rasées, pubis compris, créant objectivisation, anonymisation donc déshumanisation (… au motif de lutter contre les parasites corporels). A Jérusalem, New-York, Anvers ou Paris, les épouses juives (ultra-)orthodoxes, rasent leur chevelure (parfois même leurs sourcils) et portent perruque : seul leur époux est autorisé à voir leurs cheveux.

Une mode pudique, destinée aux femmes de confession musulmane ou juive, rencontre un vif succès dans le monde du 21è siècle.

L’installation évoque ces situations en jouant de l’enroulement des bandes de tissu sur des rouleaux à friser.

la bonne farce

Ou rire des prises de positions (polémiques et sexistes) de certaines personnalités de l’Académie Française dans le processus de féminisation des noms de métiers. Le rouleau cannelé sert à la fabrication des raviolis…

En 2017, furent officiellement reconnus les termes Sapeur-pompière et Sous-marinière. Avec délai sur l’exercice contemporain de ces métiers par des femmes.

Nombre de métiers -au féminin- cités sur le kakemono « la bonne farce » étaient en usage, du Moyen-Age à la Révolution française. A Paris, la fileresse travaillait la soie (et ce fût un temps un monopole) et la femme-sole était une commerçante indépendante (non assujettie à l’activité de son époux) . La ventrière coupait le cordon ombilical, parmi les matrones, alleresses ou accoucheuses. La bourrelle était la femme du bourreau et l’aidait dans ses tâches. La boursière dans une communauté religieuse tenait les comptes. Au XVII , dans la rue, la regrattière vendait les restes alimentaires (dont de fromages) issus des grandes maisons, la friturière de la friture de poissons, la poissarde du poisson frais et la verdurière, des légumes. Fin XIX, un typographe tenta de faire embaucher sa femme, typote, dans son imprimerie : refus du syndicat des typographes (« pas de femme dans ce métier« ). Bien sûr, quelques métiers fantaisistes ont été ajoutés à cette liste non exhaustive …

L’enjeu en nommant au féminin, les métiers, les professions, les emplois, les postes, les activités exercés, occupés par les femmes … reste bien de rendre visible, audible, concrète leur contribution active constante, à la marche du monde.

la frise, du rouleau au relais

Aux femmes, travailleuses de tout temps.   

maux vs mots

Les larmes forment rivières. Se parler, s’écrire, se soutenir … gestes vitaux. (drap d’hôpital, 280 cm)

au bout du rouleau ? Pose ta tête dans les bras et lâche-prise …

la tarte au fruit défendu

De la création du jardin d’Éden aux efforts conjugués du serpent, d’Adam et Eve … et des moules à tarte, pour saisir dans le ciel le rouleau qui permettra de préparer et partager une tarte au fruit défendu.

photos : Amélie Vidgrain, Odile Bazin, Olfa Lopez, Samia Kachkachi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s